Le Chant joyeux, ou La Joie de chanter

Dans le cadre de nos prestations avec le groupe vocal les Grandes Gueules, on est parfois amené à animer des stages de chant soit pour des adultes amateurs, soit dans des écoles, collèges, maisons de retraites, ou foyers pour personnes handicapées.

Au début j’appréhendais ces séances, car on découvre les conditions de travail, et surtout les participants, en direct live, avec comme seule préparation notre expérience musicale et humaine. Mais c’est justement ça qui me ramène à l’essentiel de ce métier.

Après des années, voir des décennies de cours, d’enregistrements, de concerts, de démarchage, de campagnes pour cueillir des fonds et faire la promo, ces rencontres me rappellent que le chant est avant tout la JOIE de transformer la respiration en un son que l’on puisse ensuite partager, moduler, unir avec les autres, et utiliser comme baromètre pour son propre état d’esprit. Ma voix me dit quand je suis fatiguée ou énervée. Et le fait d’offrir cette expérience à des personnes aussi différentes est passionnant et émouvant, peut-être même plus que de chanter pour les grandes occasions !

En partageant notre travail, on trouve de tout : chez les enfants, de l’enthousiasme qui nous épuise, de la gêne qui fait rigoler ; chez les ados, un air blasé accompagné par des “c’est pas mal” et un super engagement au concert quand même ; chez les personnes en difficulté, de l’émotion pure, des câlins, des souvenirs d’airs chantonnés au siècle dernier, des étincelles dans les yeux de plus en plus souvent vides ou fermés.

C’est ça, chanter, vivre, occuper cette planète !

Par |2017-03-28T15:25:13+01:00mars 28th, 2017|Jazz vocal|0 commentaire

Petit déj chinois ?

Récemment j’ai été invitée à animer une semaine de master-class à Chengdu en Chine. N’ayant jamais travaillé avec les chinois, et n’étant pas responsable de l’organisation du voyage, je ne savais pas à quoi m’attendre. L’expérience fut tout à fait surprenante !

Par exemple, par la magie de notre interprète on apprend le premier jour qu’il est assez courant de dire, à la première rencontre, afin de savoir si la personne est bien arrivée et installée, etc. : « Bienvenue ! Vous avez eu la diarrhée ? » C’est véridique ! Imaginez ma tête en entendant ça de la bouche du directeur de l’université de Chengdu ! Puis il y a l’histoire du petit déjeuner…

C’est sûrement mes racines anglophones qui font que j’adore le petit déj sous toutes ces formes, et que je souffre si le destin m’empêche d’en prendre. Qui aurait cru que la Chine présenterait un défi très original de ce point de vue ? Le premier jour, à l’hôtel très agréable dans un quarter chic de Chengdu, je cherche la salle / le restaurant / le café qui existe dans quasiment tous les hôtels du monde, avec le parfum du café qui vous montre le chemin si vous ne le trouvez pas tout de suite. N’est-ce pas ? Dans cet hôtel toutes les indications sont en chinois, les deux personnes à l’accueil ne parlent que le chinois, il n’y a pas de restaurant au rez-de-chaussée de ce gratte-ciel haut de 50 étages, et le chauffeur arrive avant que je ne trouve mon bonheur. Toujours optimiste, je serre les dents en espérant prendre quelque chose sur le chemin.

Arrivée en avance à l’université, je fais comprendre à notre guide du jour que j’ai faim. Elle réagit avec un sourire qui cache mal son angoisse à l’idée d’organiser quelque chose à l’improviste, et surtout d’approfondir notre communication. Après 10 minutes de marche sur les chemins larges et verdoyants du campus, on arrive à un petit stand qui vend du thé, du café (hallelujah !) et du yaourt (bof…mais youpi, il n’y a que ça !). Avec gestes et sourires j’indique ce que je veux, et le vendeur l’emballe en me fixant comme le gamin qui découvre E.T.
Idéalement je m’assiérais par terre pour tout consommer en un temps record, mais la guide fait « Come ! » pour que je la suive – où ? Mystère…

Après une demi-heure de marche, yaourt chauffé à la main, j’aperçois une rue avec plein de petits restaurants à l’extrémité du campus. La guide en choisit un, nous conduit à une table, et se met à commander. Dix minutes plus tard, c’est Byzance : du riz, des légumes, du fromage frit, du tofu, de la soupe, bref, une dizaine de plats pour accompagner mon pauvre yaourt ! Pendant que je mange pour quatre, notre interprète « officiel » surgit de nulle part et nous explique que dans environ une heure et demie, après le premier master-class, on ira…manger !

Le deuxième jour je renouvelle mes efforts pour trouver le restaurant de l’hôtel. L’interprète ayant dit qu’il se trouvait au 11ème étage, je m’y dirige bien en avance (après avoir pris le mauvais ascenseur, qui ne s’arrête pas aux étages impairs), pour enfin profiter pleinement du petit déj chinois. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent…dans un nuage de poussière et des ronronnements de perceuse ! Tout l’étage est en travaux, et ma seule consolation est de bien faire rire les ouvriers qui sont stupéfaits de me voir débarquer parmi les seaux de peinture.

Le troisième jour je commence à réfléchir à d’autres alternatives, mais mon partenaire de voyage (fan du petit déj lui aussi), s’énerve et prend les choses en main. Fixant la jeune fille de l’accueil d’un regard de taureau, il aboie le mot magique, que personne n’avait compris le premier jour : « BREAKFAST ! » Les yeux de la fille démontrent une vraie peur mélangée d’une lumière de compréhension ; avant que mon partenaire puisse l’approcher davantage, elle saisit un cahier et nous porte enfin fortune en écrivant le numéro 13.

La victoire, le paradis au 13ème étage ! Des œufs, du riz, du café, des légumes, des petits pains à la texture guimauve grise, des clients qui font du bruit en mangeant…tout est délicieux, inoubliable !

Mais en fait…avez-vous eu la diarhée ?

PandaLove

Par |2016-12-22T12:12:39+01:00août 13th, 2016|Jazz vocal, Voyages|0 commentaire

Le jazz vocal et la polyphonie

Le jazz vocal et la polyphonie sont parmi les choses que je préfère au monde, alors imaginez ce que ça donne quand ils se rencontrent ! La phrase « jazz vocal » évoque souvent l’image d’une seule chanteuse accompagnée par un certain nombre d’instrumentistes. J’ai grandi avec cette idée jusqu’au jour où j’ai découvert les Manhattan Transfer en écoutant un 33 tours qui appartenait à ma sœur. Bouleversement total ! Les harmonies proches, le rythme et la diction parfaitement synchronisés, et surtout le côté « convivial » émanant des deux voix féminines et deux voix masculines. C’était le début de mon histoire d’amour avec le jazz vocal et la polyphonie.

Après les Manhattan Transfer, j’ai découvert Lambert, Hendricks and Ross, un groupe formidable des années 50-60, peut-être un peu moins juste, moins en place – ce qui faisait tout leur charme ! Ils ne se prenaient pas trop au sérieux et improvisaient plus. Un autre groupe dans le genre était les Meltones, dirigé par mon chanteur fétiche Mel Tormé. J’adore leurs arrangements intelligents,  ludiques et légèrement kitsch ! Très important d’évoquer également Take Six, qui me fait pleurer à chaque fois que j’entends certaines chansons, par la puissance et la virtuosité de chaque voix, ainsi que les arrangements qui poussent les limites des tessitures et créent des harmonies à tomber par terre. Puis en arrivant en France j’ai découvert les Double Six, dirigés par Mimi Perrin – tout aussi étonnant dans leur manière de faire swinguer la langue française comme aucun projet vocal auparavant.

Ma propre expérience avec le jazz vocal et la polyphonie a toujours été riche et passionnante. En commençant avec mon groupe a cappella à la fac, les Williams College Ephlats, j’ai casé quelques arrangements de jazz (« My Funny Valentine »…) dans un répertoire plutôt dédié aux gros tubes des années 80. Quel bonheur, mêlé à l’insouciance de la jeunesse ! Lors de mon séjour de cinq ans en Allemagne, le groupe cabaret Snooties & the Cats faisait un mélange improbable de standards, chansons et rock avec le bonus des changements de costume (dont un chapeau clignotant en forme de Tour Eiffel), décors modulables, diapos… chaque concert fut un évènement surprenant – parfois pour nous aussi. J Et c’est en France que la musique s’est agrémentée d’effets électroniques, avec les Grandes Gueules – et l’ingénieur du son est devenu membre du groupe à part entière.

La musique à part, les groupes vocaux cultivent des ambiances que l’on ne trouve nulle part ailleurs – sujet que je développerai dans un autre article sur le jazz vocal et la polyphonie, à paraître prochainement…